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Twitter ou le début des nouveaux usages démocratiques

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Cet article a été publié par Pierre Guillou dans l’ouvrage collectif 101 questions sur Twitter (juin 2012), coordonné par Émilie Ogez et Jean-Noël Chaintreuil. Il traite de l’impact des réseaux sociaux sur les règles de la communication politique et de la nécessité pour les politiques en démocratie de les utiliser et d’en comprendre les usages.

Twitter ou le début des nouveaux usages démocratiques (*Stop à la Violence*, Illustration de Gerardo Obieta, @G_Obieta, sous Licence Creative Commons2.0 Generic (CC BY 2.0))

Twitter ou le début des nouveaux usages démocratiques

La vie politique en France est régie par des règles issues pour la plupart de la Révolution Française de 1789.

A cette époque, le tempsla durée de propagation d’une information – et l’espacel’éloignement géographique des zones de pouvoir – étaient des paramètres importants pour la structuration des activités et des lieux politiques. Les départements, par exemple, ont été créés par une loi du 22 décembre 1789 de manière à ce que le chef-lieu puisse être atteint en une journée de cheval…

Il est ainsi probable que de nos jours, avec les moyens de communication en temps réel comme Twitter, la définition d’un département aurait été différente (…). Il en aurait certainement été de même des habitudes de communication politique qui se sont construites essentiellement sur le contrôle de l’information : contrôle de ce qui est rendu public, de la personne émettrice de l’information, du lieu et de la date de publication.

Twitter, dans la continuité des services Web 2.0 depuis Wikipedia et avec un impact encore plus important que Facebook, impose en effet une nouvelle réalité : chaque citoyen est source d’informations, a le pouvoir de les partager en un clic avec le monde entier et peut publiquement commenter celles émises par les autres.

Avec Twitter, les politiques ont en fait perdu le contrôle de l’information mais beaucoup ne l’ont pas encore réalisé, ne savent pas comment réagir ou même en ont parfois peur. Il suffit en effet de consulter les comptes Twitter des politiques qui ont décidé de franchir le pas – une minorité à ce jour en France à la différence du monde anglo-saxon – pour y constater l’omniprésence de la communication dite verticale : publication de l’agenda de l’élu et de sa revue de presse, autopromotion, pas ou peu de dialogue, pas ou peu de réponse aux tweets non conciliants, réponses non individualisées, délégation de la publication de ses tweets à un collaborateur, croyance qu’être un politique suffit à être lu sur Twitter…

Bien sûr il y a des exceptions surtout parmi les jeunes politiques, et il faut rappeler que le nombre d’ouverture de compte Twitter d’hommes et de femmes politiques est croissant (quelques usages de Twitter par les politiques : live-Tweet, Tweet interview et interpellation des concurrents politiques). Mais il serait faux d’expliquer le retard numérique des politiques par une simple analyse générationnelle.

Ce sont les mentalités, les règles de fonctionnement et les usages de communication qui doivent être changés, autant ceux des politiques que ceux de leurs collaborateurs d’ailleurs. Il est en effet surprenant de constater par exemple dans les écoles de Sciences-Politiques le faible nombre d’enseignements consacrés aux impacts du Web 2.0 sur la démocratie et la vie politique.

Or, avec plus de 5 millions de comptes Twitter ouverts en France, les citoyens ont déjà commencé à s’approprier cet outil d’expression démocratique. Chaque citoyen peut en effet aujourd’hui questionner publiquement un politique sans attendre la prochaine élection. Le temps démocratique est ramené à celui de l’instant et l’impact de cette circulation ininterrompue de l’information transforme la société dans toutes les activités quotidiennes (e-commerce, e-éducation, e-santé, etc.).

Même si on peut émettre des réserves sur certains usages de Twitter, comment un politique pourrait-il se mettre à l’écart de ce nouvel outil démocratique sans prendre le risque de ne plus comprendre une société qu’il a la charge de gérer à un niveau national ou local ?

L’enjeu dépasse Twitter. Il porte sur les nouveaux usages démocratiques nés (ou amplifiés) sur les réseaux sociaux et qui impactent à présent notre quotidien.

Notes :

  • En septembre 2011, seulement 22% des députés français avaient un compte Twitter selon l’étude d’Elus 2.0 (Députés et Internet : profil du député 2.0 et palmarès).
  • Selon le site TechPresident, site de référence sur les usages du Web en politique en particulier aux Etats-Unis, plus de 80% des députés et sénateurs américains ont un compte Twitter (86% des républicains et 75% des démocrates)
  • Des reformulations ont été apportées par rapport à l’article original sans modification de sens.

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